Mrjade_ink

Peux-tu te présenter rapidement ?

Moi, c’est Garace, j’ai 31 ans et ça fait sept ans que je tatoue.

À la base, j’ai fait des études en graphisme et en décors, je voulais bosser dans le spectacle, faire des décors pour des événements comme Tomorrowland. Mais en fait, je me suis vite rendu compte que le statut d’intermittent du spectacle, c’était pas pour moi. Du coup, j’ai changé de voie pour me tourner vers le tatouage.

Quel a été ton parcours avant de devenir tatoueur ?

Franchement, à la base, j’avais zéro intention de tatouer. Un jour, j’étais chez un mec qui avait une machine à tatouer et il m’a demandé de lui faire un petit triangle, juste parce que je savais dessiner. J’avais pas du tout envie… mais je l’ai fait. Et en vrai, c’était facile. Les traits n’étaient pas trop tremblants pour une première fois, alors je me suis dit : “Bon, on lui ferait pas un énorme pokémon sur la jambe ?”

Une semaine plus tard, je lui ai fait cet énorme Pokémon. Et franchement, c’était pas si mal. Proportionnel, propre. À partir de là, j’ai commencé à tatouer quelques potes avec sa machine. Et pour mes 18 ou 19 ans, mes potes m’ont carrément offert pour 500 balles de matos, en me disant : “Tu nous rembourses en tatouages.” Du coup, ils m’ont poussé à gratter, gratter, gratter.

D’abord c’était les potes, puis les copains des potes, les cousins, les cousines, les tantes… et un jour, c’était des inconnus. Et là, j’ai capté que ce qui me plaisait vraiment, c’était le rapport humain dans le tattoo. Aujourd’hui, ça fait sept ans et j’apprends même aux autres à tatouer.

Quel est l’artiste ou tatoueur qui t’inspire le plus ?

C’est dur d’en choisir un… Je suis beaucoup inspiré par les tatoueurs qui font de l’abstrait et de la calligraphie, notamment la calligraphie arabe. Mais s’il y en a un que je dois citer, ce serait Oozy. Il est basé à Los Angeles et il fait beaucoup de mangas, des dragons sur les crânes, du bleu, du rouge… Il tatoue super fin, il gère les portraits, il gère tout, en fait. Et surtout, il travaille hyper vite et sa cicatrisation est incroyable.

Donne-nous trois mots pour te décrire

Hyper perfectionniste dans le dessin, extraverti à mort et totalement fou. Genre enfant. Je grandirai jamais, mais je pense que c’est très bien comme ça.

Quelle est ta vision du tatouage aujourd’hui ?

Le tattoo a pris une ampleur de fou. C’est devenu plus accessible, que ce soit pour acheter du matos ou pour se lancer. Avant, tout passait par le bouche-à-oreille et les grosses pièces de qualité, alors que maintenant, avec les réseaux, c’est différent. Y a plein de tatoueurs qui se lancent sans trop savoir ce qu’ils font et qui bossent de chez eux. Evidemment ça nous ramène des clients quand trois ou quatre ans plus tard, on doit recouvrir les ratés qu’ils ont faits pour pas cher.

 

C’est devenu plus compliqué pour les tatoueurs de se faire un nom uniquement avec leur art. Faut être tout le temps sur les réseaux, donc on devient aussi community manager. Mais à la base, c’est pas notre taf.

 

Moi, j’ai vraiment su que je voulais faire ça après le Covid. C’était une période galère pour les tatoueurs, mais ça m’a permis d’évoluer. Quand j’ai cherché un apprentissage, on m’a dit non plusieurs fois, et souvent de façon bien désobligeante. On m’a proposé des “apprentissages” où je ne faisais que le ménage, le café, les courses… Rien qui me permettait d’apprendre vraiment.

 

Ça m’a mis un coup à la confiance en moi, mais au lieu de me décourager, ça m’a donné envie de faire l’inverse avec les autres. Si quelqu’un est sérieux et a la passion, pourquoi le laisser galérer des années tout seul alors qu’on peut lui transmettre nos connaissances en un ou deux ans ?

 

Former des apprentis, pour moi, c’est aussi une manière de limiter les “scratchers” – ceux qui tatouent chez eux sans aucune notion d’hygiène ou de technique. Ces clients qui iraient se faire tatouer ailleurs pour moins cher, je préfère qu’ils viennent ici, encadrés, par des apprentis qui apprennent dans de bonnes conditions. Ça leur évite des infections, des erreurs irréversibles, et ça permet au métier de garder un minimum de sérieux.